La puissance et l’esprit d’Elie.

vendredi 14 décembre 2012
rédigé par  Marie-Hélène MARTIN

« Le dieu qui répondra par le feu, c’est Lui qui est Dieu ! » (1 Rois 18, 24) : tel est le défi que lance Elie aux prophètes païens sur le mont Carmel, et qui nous donne une idée du cœur de feu de ce prophète.

La foi d’Élie


En cette Année de la Foi, comment ne pas nous émerveiller de la façon dont elle s’est manifestée dans Élie ? Car il ne fallait pas manquer de foi pour oser demander à une veuve étrangère les dernières mesures de farine et d’huile qui lui restaient ; et pour lui promettre, au cœur d’une sécheresse et d’une famine qui devaient durer trois ans, et qu’il avait lui-même appelées pour punir le sacrilège du roi Achab, que la farine et l’huile ne lui manqueraient plus jamais (1 Rois 17, 8-16). Il ne fallait pas manquer de foi pour ramener à la vie le fils de cette femme, et se révéler ainsi vrai prophète. Il ne fallait pas manquer de foi pour défier les 850 prophètes introduits par la reine Jézabel au service des divinités païennes, ridiculiser leurs pratiques, en présence de tout le peuple, et appeler le feu de Dieu sur son autel (1 Rois 18). Il en fallait encore beaucoup, après cela, pour annoncer au roi l’arrivée imminente de la pluie, annonciatrice de la fin de l’épreuve, alors qu’il dut envoyer sept fois son serviteur regarder vers la mer avant de voir poindre un tout petit nuage (1 Rois 18, 41-45)… Mais Élie est fort de sa relation de prière avec Dieu [1] et de son obéissance aux missions pourtant périlleuses que le Seigneur lui confie. Ainsi on le voit aller d’Est en Ouest et du Nord au Sud, de Tishbé à Sarepta, du mont Carmel au Sinaï, au gré des ordres qu’il reçoit et auxquels il se soumet aussitôt.

Les doutes d’Élie

Et pourtant, le doute, la lassitude, l’angoisse, ne l’ont pas épargné. Toujours menacé de mort par la reine Jézabel, il s’enfuit « pour sauver sa vie », mais le désespoir le saisit. « Je ne vaux pas mieux que mes pères ! » (1 Rois 19, 4). L’épuisement d’un homme sans cesse pourchassé par le pouvoir en place explique en partie cette démission, ce refus d’aller plus loin, cet appel à la mort. Mais plus encore, c’est la désolation de se sentir le seul fidèle serviteur du seul vrai Dieu, au milieu d’un peuple qui « danse d’un pied sur l’autre  » [2] – c’est-à-dire qui s’adresse à Dieu quand ça l’arrange, mais qui rend aussi un culte aux idoles – on ne sait jamais, autant se garantir de tous les côtés… Le nom d’Elie signifie : c’est Yahvé qui est mon Dieu ; et lui est animé par une passion jalouse pour le Dieu Unique, le Dieu de ses pères, Abraham, Isaac, Jacob ; son désespoir de voir l’alliance trahie, les autels démolis, les prophètes massacrés, les rois pervertis, c’est encore le feu d’un zèle ardent qui le dévore, à la pensée que « l’Amour n’est pas aimé  »…

Du feu à la brise légère


Et à cet homme de feu, à cette virulence, à cette intransigeance, Dieu répond en se manifestant au Sinaï – là où il s’est manifesté à Moïse, mais d’une autre façon. Ici ouragan, séisme, éclairs et tonnerre ne sont que les signes avant-coureurs de la venue du Seigneur. C’est dans un « bruit de fin silence  » [3] que le Seigneur se rend présent. Dieu sauve Élie de sa détresse en lui parlant d’un reste de fidèles, et en lui désignant un successeur, capable de poursuivre après lui sa mission : Élisée. Élie peut donc reprendre la route, toujours dans l’obéissance docile aux injonctions du Seigneur, sans rien perdre de sa vigueur dans la dénonciation des crimes du roi.

Emporté par l’Esprit

Qu’Élie ait pu échapper à la vindicte du roi Achab et de la reine Jézabel relève constamment du miracle ; le chef du palais ne peut se l’expliquer que par une intervention surnaturelle : si Élie est introuvable quand on le recherche, c’est sans doute que « l’Esprit du Seigneur l’emporte  »… Dieu sait où ! (1 Rois 18, 12). Oui, Élie est l’homme de l’emportement, qu’il s’emporte contre les idolâtres, ou qu’il soit emporté, enlevé sur un char de feu, comme on a coutume de se le représenter.

Cet Esprit qui l’anime, il sait qu’il n’en est pas maître ; aussi, quand Élisée lui demande de lui en transmettre « une double part  », Élie est-il incapable de lui en faire la promesse ; l’Esprit souffle où il veut… Mais Élisée voit son maître s’élever, comme les disciples verront Jésus dans son Ascension, indice pour l’un comme pour les autres qu’ils seront prêts à accueillir l’effusion de l’Esprit  .

Le Précurseur

Pourquoi cette figure d’Élie intervient-elle au cœur de l’Avent ? A cause de cette prophétie qui clôt le recueil des « douze petits prophètes » du premier Testament, ou plutôt qui ouvre, dès le - Ve siècle, une attente conjointe à celle du Messie : l’attente du « retour d’Élie », l’attente d’un Précurseur qui viendrait préparer la route (Malachie 3, 23). Prophétie bien présente à l’esprit de Pierre, Jacques et Jean quand ils assistent à la transfiguration du Christ, et qu’ils reconnaissent Élie à ses côtés, par une mystérieuse intuition. En répondant à leurs questions qu’Élie « est déjà venu  », Jésus assimile explicitement Jean le Baptiste à Élie. Ils ont le même costume [4], la même vigueur dans la dénonciation des perversions des rois, le même désir de voir le peuple d’Israël se repentir de ses égarements ; les apôtres   reconnaissent en Jean-Baptiste « l’esprit et la puissance d’Élie  » (Luc 1, 17), et ainsi leur cœur est préparé à comprendre que Jésus est bien le Messie.

Certes l’esprit d’Élie est insaisissable, mais faisons nôtre la prière d’Élisée qui lui demande d’en recevoir « double part » : car il nous appartient à nous aussi d’entrer dans une prière fervente et de ramener à Dieu nos contemporains qui « boitent des deux jambes », après avoir nous mêmes renoncé à nos idoles, et choisi de nous laisser « emporter par l’Esprit » là où Dieu nous appelle.

Visitez notre page

[1] Jacques donne en exemple la ferveur de sa prière, Jc 5, 17

[2] 1 Rois 18, 21, dans la traduction de la TOB ; qui « cloche des deux jarrets », dit la Bible de Jérusalem.

[3] traduction de Laure Mistral et André Lemaire dans la Nouvelle Traduction de la Bible, Bayard, 2001

[4] comparer 2 Rois 1, 8 et Mt 3, 4


Commentaires  forum ferme

Nous rejoindre

Nous rejoindre

A la une

Événements

 

2014

 

 

Octobre

>>

Aujourd'hui

LuMaMeJeVeSaDi
  12345
6789101112
13141516171819
20212223242526
2728293031  

Nous soutenir

Nous aider